Le parcours du combattant des trentenaires

Une piste de réflexion à partager avec vous : "Belles, intelligentes, épanouies, indépendantes, elles sont dans la fleur de l’âge, et rêvent de se poser. Formidables sur le papier, elles sont pourtant célibataires et peinent à trouver celui qui fera battre leur cœur".
Texte :  Estelle Dorsaz.
Cupidon"Samedi dernier, perchée sur sa chaise de bar, remuant nerveusement la paille de son Apérol Spritz, Elodie m’a raconté, dépitée, le dernier épisode de ses déboires amoureux. Elodie, a 35 ans, un diplôme d’ingénieur, un physique avantageux, une bonne situation, une vie sociable active et… perdu espoir. Depuis des mois, et même des années, elle est célibataire. Ni par obligation, ni par choix. Plutôt parce qu’elle ne trouve pas chaussure à son pied, ni même sandalette, en fait.
Des Elodies, il y en a des tonnes. Dans mon entourage, elles occupent les postes de responsable marketing, de prof d’anglais, de juriste, ou encore d’assistante de direction. Leur point commun ? Toutes ont passé le cap des trente ans et ont un CV long comme le bras mais pas de Jules à qui donner la main. Trop de concurrence, trop d’exigences, trop de pression, ou tout simplement trop tard, c’est quoi le problème ?
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Des étals vides sur le marché des crapauds.
 
Chez les mecs célibataires, ça ne se bouscule pas vraiment au portillon des princes chamants. On dégote plutôt des loups en chasse, des handicapés des sentiments, des mecs brisés par leur dernière relation, des divorcés, et j’en passe. Largement de quoi désespérer de trouver la perle rare. Il faut dire que s’il y a autant de crapauds disponibles et si peu de princesses enclines à leur donner le baiser libérateur, c’est que les gentlemen sont bien souvent casés.Mais alors, pourquoi galérons-nous tellement à trouver un mec qui tienne la route, alors que ça a l’air si facile pour eux ?Face à ce constat d’inégalité, Elodie et moi échafaudons une hypothèse: les hommes sont moins regardant dans le choix de leur compagne. Il semblerait qu’ils se satisfassent davantage de ce qu’ils peuvent avoir à bon prix, quitte à se laisser séduire par un bel emballage. Chez ces dames, la sélection est bien plus subtile. Elles cherchent leur égal, un mec à leur hauteur. Pas question de remplir son panier avec un produit en promotion ou une qualité M-Budget. Elles se renseignent et ne signent que pour du premier choix. Le produit doit faire ses preuves avant de passer à la casserole. Et ce n’est pas un torse gonflé aux protéines qui suffira à lui mettre l’eau à la bouche.
 
Le beurre, l’argent du beurre…et le crémier ?
 
«On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans», disait Rimbaud à l’époque. S’il avait vécu en 2018, je suis sûre qu’il aurait ajouté quelques années à ce constat d’insouciance. Contrairement aux générations précédentes, plus question aujourd’hui de se laisser passer la bague au doigt dès l’âge de voter. En plus, un couple sur trois se solde par un divorce. On s’est à peine remis de celui de nos parents.
 
Il faut profiter de sa jeunesse. Carpe Diem les gars ! Le reste on verra plus tard, bien plus tard.
 
Comme on a le temps, on prend son temps. On s’amuse avant de trouver le bon. On joue la fine bouche, car on peut se le permettre. On tombe amoureuse parfois, on tente des histoires, qui passent ou qui cassent. En plus, y a plein de poissons frais dans l’océan.
 
Mais plus les années filent, plus notre prochain partenaire doit devenir the one ou être relâché. Il ne faut pas manquer la bonne prise. Car, malgré notre apparente légèreté, on rêve toujours d’attraper dans nos filets le brochet de notre vie.
 
Et puis arrive la trentaine, on l’avait à peine vue venir, avec son air de cheffe RH et son calepin. Et autant dire qu’elle plaisante pas. Voyons, voyons ce que nous avons ici. Boulot… super… vie sociale… oui… santé… mmm il faudrait voir pour arrêter la clope… style… bien bien... amour…comment ça, célibataire ? Mais faut te bouger ma vieille, réveille-toi ! L’horloge fait tic-tac…
 
Pour Elodie, le réveil est brutal. «Quand j’étais plus jeune, j’étais complexée, mal dans mon corps. L’amour n’était pas ma priorité. Je ne me faisais pas vraiment draguer et je n’osais pas aller vers les hommes. C’est que bien plus tard que ces derniers ont commencé à s’intéresser à moi, est-ce que c’est déjà trop tard ?»
 
Paradoxe d’une société bipolaire.
 
Nous sommes dans une situation un peu paradoxale, où la biologie vient se heurter à la sociologie. Le choc entre la nature et les mœurs en quelque sorte. Si dans nos pays, en théorie chacun fait ce qu’il veut de sa vie privée, la réalité est moins tolérante. D’un côté, le marketing nous rappelle sans cesse qu’il faut être épanouie, mince, belle, sportive, stylée, bronzée, cultivée ou encore créative. Et de l’autre, notre environnement, se charge de ne pas nous laisser oublier qu’on est en âge de procréer. Même sur YouTube, pas moyen d’être tranquille, le matraquage s’organise et se monnaie.
 
Sur ce point, il y a ainsi un gros décalage entre les sexes. Alors que madame a la pression, monsieur peut continuer à papillonner s’il le désire. Ça ne l’empêchera pas de dégotter à quarante ans une jeune et jolie étudiante. Elle adorera lorsqu’il l’emmène dans des restaurants qu’elle ne pourrait pas se payer. Depuis Georges Clooney, les tempes grises sont sexy, au masculin. Madame quant à elle, seule dans sa salle de bain, a arraché son premier cheveu blanc. C’est la panique. Et comme nul n’est censé ignorer les lois… de la nature, chacun est conscient que le rapport est devenu inégal. Pendant que monsieur continue à s’éclater sur la piste de danse, de ski ou d’une proie pour la nuit, madame désespère.
 
À qui la faute?
 
Elodie explose, elle en a gros sur la patate: "Aujourd’hui, avec Tinder, c’est devenu trop facile. C’est l’époque du fast food. On prend, on consomme, on jette. Si ce n’est pas fulgurant, basta, on passe à autre chose". Elodie, 35 ans
 
Elle continue: «tout doit aller vite et sans contrainte. Les applications de rencontre ont changé la donne, à présent les célibataires chattent avec plusieurs personnes en même temps, multiplient les targets et pensent que le marché est infini. Après un ou deux rendez-vous, ils disparaissent sans donner de nouvelles. C’est épuisant.»
 
Pour elle c’est évident, c’est la faute des mecs et de la technologie. Elle ne demanderait pas mieux que de trouver un type sympa. Pourtant lorsqu’on lui demande pourquoi elle continue à multiplier les matchs et à enchaîner les rendez-vous sans suite, elle répond: «on a pas le choix, on ne rencontre personne autrement.»
 
Bon, si on récapitule, c’est la faute des mecs, de la société, des applications de rencontres, de la biologie. Et les femmes dans tout ça ?
Sont-elles bourreaux ou victimes de leur propre situation ?
Si toutes ces femmes unissent leurs voix pour maudire leur sort, ce n’est qu’en faisant la paix avec leur célibat et en sortant des eaux troubles qu’elles pêcheront un Omar de premier choix, qui ne demandait au final que ça."

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